Les faits clés

  • 1 613 € net par mois : rémunération médiane un an après un BTS préparé en lycée, pour les sortants 2021 en emploi salarié privé (DEPP-Dares, Note d'Information n° 25.40, juin 2025).
  • 1 710 € à 2 170 € : l'intervalle dans lequel se situe la moitié des diplômés de licence professionnelle, 12 mois après le diplôme (MESR-SIES, Note Flash n° 33, décembre 2025).
  • 1 530 € à 1 950 € : le même intervalle après une licence générale. 1 850 € à 2 610 € après un master hors enseignement (même source).
  • Aucun salaire publié après un BUT : sur les 16 266 lignes BUT de l'open data InserSup, pas une seule ne comporte de rémunération (relevé le 26 août 2026).
  • 1,2 fois le Smic net : ce que représente la rémunération médiane de l'ensemble des sortants de niveau CAP à BTS, soit 1 582 € en juillet 2022 (DEPP-Dares).

Combien gagne-t-on vraiment, diplôme par diplôme

Deux organismes publics publient ces chiffres, et ils ne couvrent pas les mêmes diplômes.

La DEPP et la Dares suivent les sortants de la voie professionnelle, du CAP au BTS. Leur note de juin 2025 porte sur les jeunes sortis de dernière année en 2021, observés en emploi salarié privé en juillet 2022. Après un BTS, un quart d'entre eux gagne moins de 1 469 € net par mois, la moitié moins de 1 613 €, et un quart plus de 1 800 €.

Le MESR-SIES suit les diplômés de l'université et des grandes écoles. Sa Note Flash de décembre 2025 ne publie pas de médiane : elle publie deux bornes, le premier et le troisième quartile. La formule officielle est explicite, la moitié des diplômés de master perçoit un salaire net mensuel compris entre 1 850 € et 2 610 €.

Cette différence de présentation n'est pas anodine. Quand un site vous annonce un « salaire moyen après une licence », il produit un chiffre que la source officielle, elle, ne publie pas.

Le tableau des données réellement publiées

Diplôme1er quartileMédiane3e quartileSourcePopulation mesurée
BTS (voie scolaire)1 469 €1 613 €1 800 €DEPP-Dares, NI n° 25.40Sortants 2021, en emploi salarié privé en juillet 2022
Bac pro1 430 €1 567 €1 727 €DEPP-Dares, NI n° 25.40idem
CAP1 391 €1 526 €1 669 €DEPP-Dares, NI n° 25.40idem
Licence générale1 530 €non publiée1 950 €MESR-SIES, NF n° 33Diplômés 2022, salaires 2023, emploi salarié en France
Licence professionnelle1 710 €non publiée2 170 €MESR-SIES, NF n° 33idem
Master enseignement1 750 €non publiée2 320 €MESR-SIES, NF n° 33idem
Master hors enseignement1 850 €non publiée2 610 €MESR-SIES, NF n° 33idem
BUTaucune donnée publiéepremière promotion diplômée en 2024

Toutes ces rémunérations sont nettes, mensuelles, en équivalent temps plein.

Pourquoi aucun salaire n'existe encore après un BUT

C'est le trou le plus surprenant du tableau, et il a une explication mécanique.

Le BUT a remplacé le DUT en 2021. Sa première promotion a été diplômée en 2024 : 34 500 étudiants français de moins de 30 ans, dont 62,4 % ont poursuivi leurs études l'année suivante (MESR-SIES, Note Flash n° 35, décembre 2025).

Or les salaires publiés par InserSup portent sur une promotion antérieure à celle dont on mesure l'emploi. La note de décembre 2025 le précise dans son encadré méthodologique, les salaires concernent l'année 2023 et la promotion diplômée en 2022. En 2022, le BUT n'avait encore diplômé personne.

Résultat, InserSup publie bien un taux d'emploi salarié pour le BUT, 69,2 % à douze mois pour la promotion 2024, mais pas un euro de rémunération. La vérification est directe : sur les 16 266 lignes BUT de l'open data, la colonne salaire médian à douze mois vaut « nd » partout.

Tout chiffre de salaire après BUT qui circule aujourd'hui vient donc d'ailleurs. D'une enquête d'école, d'une extrapolation à partir du DUT, ou d'une estimation maison. Ce n'est pas nécessairement faux, mais ce n'est pas une donnée publique officielle, et personne ne vous le dit.

Les salaires sont comparables, contrairement aux taux d'emploi

Voilà le point que presque tous les comparatifs manquent, et il fonctionne à l'envers de l'intuition.

Les taux d'emploi d'InserSup et d'InserJeunes ne se comparent pas. Ils ne mesurent ni la même durée ni la même population, ce qui rend tout classement « BTS contre BUT » construit sur ces deux séries mécaniquement faussé. C'est le sujet de notre article sur les formations avec le meilleur taux d'emploi après le bac.

Les salaires, eux, ont été conçus pour être comparables. La note méthodologique commune de la Dares et de la DEPP, datée du 17 décembre 2024, l'écrit noir sur blanc : la méthode de calcul des indicateurs de rémunération a été élaborée conjointement par InserJeunes et InserSup afin que l'indicateur soit homogène et comparable dans les deux dispositifs.

Concrètement, les deux dispositifs puisent dans la même source, la base Tous salariés que l'Insee construit à partir des déclarations sociales des employeurs. Même définition du net, même conversion en équivalent temps plein, même point d'observation à douze mois.

Deux réserves subsistent, et elles suffisent à interdire une lecture à l'euro près. Les rémunérations d'InserJeunes portent sur le seul emploi salarié privé, quand InserSup couvre aussi l'emploi public. Et les cohortes diffèrent d'une année. Comparez donc des ordres de grandeur, jamais des écarts de vingt euros.

Ce que contient réellement le chiffre

Un salaire officiel n'est pas la ligne du bas de votre fiche de paie. Trois précisions changent la lecture.

C'est un montant net avant impôt sur le revenu, cotisations sociales déduites. Il inclut les primes, les heures supplémentaires et les avantages en nature, puis il est divisé par douze. Une prime annuelle de fin d'année est donc lissée sur tous les mois.

C'est un montant en équivalent temps plein. Un jeune qui a travaillé six mois à mi-temps voit sa rémunération ramenée à ce qu'il aurait perçu en travaillant une année complète à temps plein. L'indicateur mesure le niveau du poste, pas le revenu réellement encaissé sur l'année.

C'est enfin un montant qui ne dit rien de ceux qui ne travaillent pas. Les 1 613 € du BTS concernent les sortants en emploi salarié privé. Or, sur l'ensemble des sortants de niveau CAP à BTS, 49 % seulement occupaient un tel emploi un an après. Un salaire médian élevé dans une filière où peu de jeunes travaillent ne vaut pas un salaire médian moyen dans une filière qui embauche largement.

Pour situer ces montants, l'Insee fournit le repère utile. En 2022, un quart des salariés du privé en France percevait moins de 1 660 € net par mois, et la moitié moins de 2 091 €.

Le décalage de trois ans que personne ne mentionne

Les chiffres de salaire que vous lisez cette année décrivent une génération sortie il y a trois ans.

La note méthodologique de la Dares le formule sans détour : les données publiées une année N portent sur les rémunérations de juillet N-2, pour les jeunes sortis d'études en N-3. Le mécanisme tient au délai de production de la base Tous salariés, disponible au mieux dix-huit mois après l'année qu'elle décrit.

Ce décalage a une conséquence pratique. Entre la cohorte observée et l'entrée de votre enfant sur le marché du travail, il peut s'écouler huit ans. Le Smic a bougé, l'inflation aussi. Lisez ces montants comme une hiérarchie entre filières, pas comme une prévision de salaire.

La moyenne nationale ne sert à rien, la formation décide

Un chiffre par niveau de diplôme écrase l'essentiel de l'information. C'est précisément ce que les deux dispositifs permettent d'éviter, puisqu'ils publient les quartiles formation par formation.

Trois BTS suffisent à le montrer. Sur le site InserJeunes, la moitié des sortants de BTS bâtiment gagne entre 1 530 € et 1 890 € par la voie scolaire, et entre 1 670 € et 2 150 € par l'apprentissage. Pour le BTS tourisme, l'intervalle scolaire tombe à 1 520 € - 1 800 €. Pour le BTS gestion de la PME, à 1 480 € - 1 800 €.

Deux enseignements. L'écart entre deux BTS dépasse largement l'écart entre le BTS et la licence générale pris en bloc. Et l'apprentissage tire la rémunération vers le haut dans chacun des trois cas, ce qui rejoint ce que nous avions documenté sur l'alternance après le bac.

La bonne question n'est donc pas « combien gagne-t-on après un BTS ». C'est « combien gagne-t-on après ce BTS-là, par cette voie-là ».

Ce que ça change pour votre famille

Trois réflexes suffisent à transformer ces données en décision.

Cherchez la formation précise, jamais le niveau de diplôme. Le site InserJeunes donne les quartiles de chaque BTS et de chaque bac pro, l'open data InserSup fait de même pour chaque licence professionnelle et chaque master, établissement par établissement.

Regardez le salaire et le taux d'emploi ensemble. Une rémunération médiane confortable adossée à un taux d'emploi faible décrit une filière où peu réussissent, pas une filière rentable. Notre article sur la lecture des taux d'emploi par formation détaille la méthode.

Enfin, exigez la source. Lors d'une journée portes ouvertes, la question qui tranche tient en une phrase : ce salaire vient-il d'InserJeunes, d'InserSup, ou de votre propre enquête auprès des anciens ? La réponse vous dira à quoi vous avez affaire.

Un chiffre sans son périmètre n'est pas une information. C'est un argument.