Aucun algorithme de Parcoursup ne classe le dossier de votre enfant. Ce sont des enseignants, réunis en commission d'examen des vœux, qui lisent et ordonnent les candidatures formation par formation. La loi les oblige à publier leurs critères après chaque campagne. En 2025, 12 % des formations ne l'ont pas fait.
Les faits clés
- « Non, aucun algorithme de Parcoursup ne classe les dossiers ou ne décide de votre avenir. » L'examen est assuré par les enseignants des formations, réunis en commission d'examen des vœux ou en jury, qui établissent le classement des candidats (FAQ Parcoursup, « Examen des vœux par les formations »).
- La composition de cette commission est arrêtée par le chef d'établissement, formation par formation, pour chaque formation ayant enregistré des vœux (article D. 612-1-13 du code de l'éducation).
- La commission ne voit qu'un seul vœu : le sien. « Chaque formation n'a connaissance que du vœu formulé par le candidat. Elle ne dispose d'aucune information concernant les autres vœux formulés par le candidat pour d'autres formations » (FAQ Parcoursup).
- Le Conseil constitutionnel a jugé que les établissements ne pouvaient pas être dispensés de publier, à l'issue de la procédure, les critères en fonction desquels les candidatures ont été examinées (décision n° 2020-834 QPC du 3 avril 2020, § 17).
- Sur les formations ayant participé à la campagne 2025, 73 % fournissaient ce rapport public. Pour 12 % d'entre elles, il était manquant sans explication (Comité éthique et scientifique de Parcoursup et Mon Master, 8e rapport annuel au Parlement, avril 2026, p. 30-31).
Qui siège dans un jury Parcoursup ?
Le mot « jury » est une commodité de langage. Le texte parle de commission d'examen des vœux, souvent abrégée CEV.
Il n'existe pas une commission nationale, mais une commission par formation. Une licence de droit à Rennes, un BTS commerce à Lille et un BUT informatique à Toulouse ont chacun la leur. Sur les 25 000 formations proposées en 2025, cela fait autant de commissions distinctes, avec leurs propres habitudes.
L'article D. 612-1-13 du code de l'éducation est précis sur trois points. La composition de la commission est arrêtée par le chef d'établissement. La commission définit elle-même les modalités et les critères d'examen des candidatures, dans le respect des critères généraux fixés au niveau national. Et elle propose au chef d'établissement les réponses à faire aux candidats.
Autrement dit, ce sont les enseignants de la formation que votre enfant demande qui lisent son dossier. Pas un service central, pas une machine.
Un point mérite d'être noté : la commission n'ordonne les candidatures que lorsque le nombre de candidatures excède les capacités d'accueil de la formation. Quand la demande reste inférieure aux places disponibles, il n'y a pas de classement à établir.
Que voit exactement la commission ?
C'est la question que les parents posent le plus souvent, et la réponse est documentée.
| La commission voit | La commission ne voit pas |
|---|---|
| Les bulletins de première et des deux premiers trimestres de terminale, avec les notes, les appréciations et le positionnement dans le groupe | Le nom, le prénom, l'adresse et l'âge du candidat, anonymisés |
| Les notes du baccalauréat déjà obtenues, épreuves anticipées de français et contrôle continu compris | Les autres vœux du candidat, y compris chez les formations concurrentes |
| La fiche Avenir renseignée par le lycée | L'ordre de préférence du candidat, qui n'existe pas au moment de l'examen |
| La lettre de motivation et les pièces demandées par la formation | Les réponses déjà reçues ailleurs |
| La rubrique « Activités et centres d'intérêt », si elle a été renseignée | |
| Le nom du lycée d'origine, qui n'est pas anonymisé |
Deux conséquences pratiques en découlent.
La première : votre enfant est examiné comme s'il n'avait demandé que cette formation. Une commission ne sait pas si elle est son premier choix ou son douzième. Les stratégies du type « je mets cette formation en premier pour montrer ma motivation » n'ont aucun support technique, parce que l'ordre n'est pas transmis.
La seconde : le nom du lycée reste visible, et le ministère l'assume, au motif de permettre aux formations de « poursuivre leurs actions en faveur de l'ouverture sociale de l'enseignement supérieur ». Ce que les commissions en font est un sujet à part entière, que nous avons traité dans Le lycée de votre enfant compte-t-il sur Parcoursup ?.
Comment la commission classe-t-elle les dossiers ?
Chaque formation publie, sur sa fiche Parcoursup, une rubrique « Comprendre les critères d'analyse des candidatures ». On y trouve les critères généraux retenus, avec une représentation de leur importance relative.
Ces critères mélangent du quantitatif et du qualitatif : notes et moyennes d'un côté, appréciations, motivation et engagement de l'autre. La pondération exacte, elle, appartient à la commission.
Beaucoup de commissions s'appuient sur un outil d'aide à la décision pour dégrossir le classement à partir des notes et des bulletins. Le Comité éthique et scientifique de Parcoursup cite explicitement cet outil parmi les éléments qui facilitent le travail des commissions pour classer les candidats. Il ne remplace pas la décision, il la prépare.
C'est ce classement, formation par formation, que la plateforme utilise ensuite. Parcoursup formule les propositions d'admission à partir des classements établis par les commissions, après avoir intégré deux exigences légales : le taux minimum de boursiers, et le taux maximum de candidats hors secteur pour les licences, les PPPE et les PASS.
Où est passé l'algorithme, alors ?
Il existe, mais il n'évalue rien.
L'algorithme national de Parcoursup fait un travail d'appariement : il croise les classements produits par les commissions avec les réponses des candidats, et il envoie les propositions dans l'ordre. En 2025, 4,2 millions de propositions d'admission ont été adressées aux candidats, plus de la moitié dès le premier jour (bilan Parcoursup 2025, MESR).
La nuance compte, parce qu'elle change l'endroit où se joue la décision. Le refus de votre enfant n'a pas été produit par une machine à Paris. Il a été décidé par une commission d'enseignants dans l'établissement qu'il a demandé.
Il existe en revanche des traitements algorithmiques locaux, ceux que certaines commissions utilisent pour préparer leur classement. Ceux-là, la loi les encadre.
Ce que la loi oblige les formations à publier
C'est le point que presque aucune famille ne connaît, et c'est le plus utile.
En 2020, le Conseil constitutionnel a été saisi de la question du secret des délibérations des commissions. Il l'a validé, mais sous une réserve claire. Les dispositions contestées « ne sauraient, sans méconnaître le droit d'accès aux documents administratifs, être interprétées comme dispensant chaque établissement de publier, à l'issue de la procédure nationale de préinscription et dans le respect de la vie privée des candidats, le cas échéant sous la forme d'un rapport, les critères en fonction desquels les candidatures ont été examinées et précisant, le cas échéant, dans quelle mesure des traitements algorithmiques ont été utilisés pour procéder à cet examen ».
C'est de cette réserve que vient le rapport public d'examen des vœux, publié chaque année par chaque formation. Il est accessible en bas de la rubrique « Comprendre les critères d'analyse des candidatures », sur la fiche de la formation.
Le Comité éthique et scientifique de Parcoursup en mesure l'application chaque année. Pour la campagne 2025 : 73 % des formations fournissaient ce rapport, 3 % ne pouvaient pas le faire faute d'avoir participé à la campagne précédente, 12 % étaient des formations en apprentissage qui n'examinent pas les candidatures. Restent 12 % de formations dont le rapport était manquant, sans explication.
Le Comité ajoute que les rapports existants sont « inégalement détaillés », et que pour les formations sélectives, « aucune indication ne figure sur les critères simples utilisés pour ces refus ». Il renouvelle cette recommandation depuis huit ans.
Il existe un second droit, distinct, et celui-là est individuel. Une fois une décision de refus prise, le candidat peut demander à l'établissement la communication des informations relatives aux critères et modalités d'examen de sa candidature, ainsi que des motifs pédagogiques qui justifient la décision. Le Conseil constitutionnel précise ce que cette communication couvre : la hiérarchisation et la pondération des critères, et le cas échéant les critères utilisés par les traitements algorithmiques mis en œuvre par la commission.
Ce droit appartient au candidat, pas aux tiers. Il faut le demander.
Ce que ça change pour votre famille
Quatre gestes concrets découlent de ce qui précède.
Lire le rapport de l'année précédente avant de formuler le vœu. Il est sur la fiche de la formation, en bas de la rubrique des critères. C'est le document qui dit ce que la commission a réellement regardé l'an dernier. Si la formation n'en publie pas, c'est une information en soi.
Arrêter de chercher un ordre à optimiser. La commission ne sait pas où votre enfant l'a placée. Le temps passé à arbitrer un classement invisible est mieux employé à travailler le dossier lui-même, et notamment la lettre de motivation, dont l'usage réel par les jurys est documenté.
Lire les critères comme un cahier des charges, pas comme une formalité. Quand une fiche annonce que les résultats en mathématiques pèsent lourd, ce n'est pas une précaution de style. C'est la commission qui annonce sa grille.
En cas de refus, demander les motifs. La démarche est prévue par le code de l'éducation, elle s'adresse à l'établissement, et elle donne accès à la pondération des critères. Elle ne rouvre pas la décision, mais elle éclaire la suite. Les recours possibles sont détaillés dans Refus ou sans réponse sur Parcoursup : toutes les options disponibles.
Pour le reste du fonctionnement de la plateforme, notre guide complet pour les parents reprend chaque étape dans l'ordre.