Officiellement, non : aucun coefficient de lycée n'existe sur Parcoursup. En pratique, oui, et le ministère lui-même le documente. Le nom du lycée est laissé visible aux commissions, et le comité éthique de Parcoursup reconnaît que certaines d'entre elles « redressent » les notes selon le lycée d'origine.

Mais le même comité a mesuré ce qui pèse le plus lourd dans les admissions, et ce n'est pas le lycée. C'est ce que les élèves osent demander.

Les faits clés

  • Le dossier transmis aux formations anonymise le nom, le prénom, l'adresse et l'âge du candidat, mais pas le nom du lycée (FAQ Parcoursup, « Examen des vœux par les formations »).
  • Le comité éthique et scientifique de Parcoursup (CESP) écrit qu'il faut « soit laisser faire les redressements des notes en fonction du lycée d'origine par certaines CEV, soit y mettre fin par l'anonymat du lycée d'origine » (CESP, 6e rapport annuel au Parlement, 2024, p. 15).
  • Dans une région académique étudiée par le CESP, les bacheliers généraux des lycées les plus défavorisés étaient plus souvent admis que ceux des lycées les plus favorisés. Les mentions très bien y formulaient 11 vœux en classe prépa ou grande école, contre 18 dans les lycées favorisés (CESP, 5e rapport, février 2023, p. 42-43).
  • Sur la fiche Avenir, le chef d'établissement donne un avis « sur la capacité à réussir et sur le niveau de la classe » (FAQ Parcoursup, « fiche Avenir »).
  • La moitié des lycées généraux et technologiques affichent 97 % de réussite au bac ou plus. Ce chiffre ne dit rien du lycée : la DEPP publie chaque année un indicateur qui, lui, en dit quelque chose, la valeur ajoutée (DEPP, indicateurs de résultats des lycées, session 2025).

Ce que la commission voit du lycée

Quand une formation examine le dossier de votre enfant, elle sait d'où il vient. La FAQ officielle liste ce qui est anonymisé (nom, prénom, adresse, âge) et ce qui ne l'est pas : « les informations sur l'environnement scolaire du candidat, notamment le nom du lycée ». Le motif donné est l'ouverture sociale : ces informations « permettent en particulier aux formations de poursuivre leurs actions en faveur de l'ouverture sociale de l'enseignement supérieur ».

Autrement dit, le lycée est visible pour que les commissions puissent en tenir compte. Dans les deux sens.

Deux autres éléments du dossier parlent du lycée sans le nommer. Les bulletins de première et de terminale indiquent, pour chaque matière, « le positionnement de l'élève dans le groupe d'enseignement » : un 14 en tête de classe et un 14 en milieu de classe ne se lisent pas de la même façon. Et la fiche Avenir, remplie par le lycée pour chaque vœu, contient l'avis du chef d'établissement « sur la capacité à réussir et sur le niveau de la classe ». C'est le seul endroit où le lycée parle de lui-même à la formation.

Ce que certaines commissions en font

Le comité éthique et scientifique de Parcoursup, qui rend chaque année un rapport au Parlement, ne tourne pas autour du pot. Puisque les notes « ne sont pas harmonisées entre professeurs et entre lycées », écrit-il en 2024, il n'y a que deux issues : « soit laisser faire les redressements des notes en fonction du lycée d'origine par certaines CEV, soit y mettre fin par l'anonymat du lycée d'origine ». La première « pose le problème de la transparence et du respect de l'égalité de traitement ». La seconde « pénalisera les élèves des lycées qui sous-notent ».

Ces deux phrases disent trois choses. Certaines commissions d'examen des vœux corrigent les notes selon le lycée. Elles ne le publient pas. Et l'idée que « le lycée compte » a un revers : un lycée réputé sévère peut jouer en faveur d'un dossier, un lycée réputé généreux peut jouer contre.

Aucune formation n'affiche de coefficient. Ce qu'elle doit afficher, sur sa fiche Parcoursup, ce sont ses critères généraux d'examen et le rapport d'analyse des candidatures de la session précédente. C'est là qu'il faut lire, formation par formation, ce que la commission dit regarder. Le comité relève d'ailleurs que des pratiques « tout à fait légales » restent cachées « en raison d'une frilosité des différents acteurs ».

Ce que le lycée pèse vraiment : le cas mesuré par le CESP

Dans son rapport de 2023, le comité a comparé, sur une région académique entière, les 24 lycées les plus défavorisés (44 % de boursiers parmi les bacheliers généraux, 10 % de mentions très bien) et les 25 lycées les plus favorisés (5 % de boursiers, 25 % de mentions très bien, trois seulement publics). Session 2022, 149 lycées comparés.

Dans les deux groupes, 98 % des bacheliers généraux ont reçu une proposition. Et, « contre toute attente », ceux des lycées défavorisés ont été plus souvent admis, parce que 11 % des bacheliers des lycées favorisés ont quitté la plateforme pour une école hors Parcoursup ou pour l'étranger.

Les deux groupes n'entrent pas dans les mêmes formations : la moitié des admis des lycées favorisés vont en PASS, en classe prépa ou en grande école. Le comité en donne deux raisons. Le niveau scolaire, d'abord. Puis, à niveau égal, les vœux : parmi les mentions très bien, un élève de lycée défavorisé formule en moyenne 11 vœux en classe prépa ou grande école, un élève de lycée favorisé en formule 18. Et les vœux des premiers « donnent plus souvent lieu à une réponse positive » que ceux des seconds.

La conclusion du comité tient en une ligne : les différences d'admission « proviennent avant tout de la nature des vœux des lycéens et de leur ambition ». Le lycée compte à la marge, dans la lecture d'une note. La liste de vœux compte en plein.

Lire son lycée sans se tromper : la valeur ajoutée

Reste une question que les familles se posent en seconde ou en fin de troisième : ce lycée est-il « bon » ? Le taux de réussite au bac ne répond pas. Dans le fichier 2025 de la DEPP, la moitié des lycées généraux et technologiques sont à 97 % ou plus, et 500 affichent 100 %.

La DEPP publie depuis 1993 un autre indicateur, la valeur ajoutée : l'écart entre le résultat obtenu par le lycée et celui qu'obtiendraient des élèves comparables (même niveau au brevet, même origine sociale, même âge) dans des lycées comparables. Un lycée à 100 % dont les élèves étaient attendus à 100 % a une valeur ajoutée nulle. C'est l'exemple que le ministère met lui-même en avant.

IndicateurCe qu'il mesureCe qu'en dit le fichier 2025
Taux de réussite au bacPart des présents à l'examen qui l'obtiennentMédiane 97 % : plus de neuf lycées sur dix sont à 4 points ou moins de l'attendu
Taux d'accès de la seconde au bacChance, pour un élève entré en seconde, d'obtenir le bac dans ce lycée, redoublements comprisSur 433 lycées à 100 % de réussite, 213 ont une valeur ajoutée d'accès négative
Taux de mentionsPart des présents qui obtiennent au moins « assez bien »L'indicateur qui distingue les lycées où tout le monde a le bac

Le taux d'accès est celui à lire en premier : un lycée peut afficher 100 % parce que ceux qui risquaient d'échouer l'ont quitté en fin de seconde. La fiche de chaque lycée se consulte sur la recherche IVAL du ministère, par nom, ville ou département. La DEPP rappelle que ces indicateurs « ne visent pas à établir un classement ».

Un détail du rapport du CESP mérite d'être retenu ici : la plupart des lycées défavorisés de son étude « ont une valeur ajoutée positive au taux de réussite au bac et au taux de mention ». Les lycées qui font le plus progresser leurs élèves ne sont pas ceux dont le nom impressionne une commission.

Ce que vous pouvez faire

Le lycée de votre enfant est ce qu'il est. Trois choses, elles, dépendent de vous et de lui.

Le contexte du dossier. Puisque la commission lit un positionnement dans le groupe, des appréciations et un avis du lycée sur le niveau de la classe, ce sont ces éléments qui remplacent la réputation. Ils se construisent dès la première, et un échange avec le professeur principal avant le remplissage de la fiche Avenir n'a rien d'interdit. Ce que les commissions lisent dans un dossier est détaillé dans Préparer Parcoursup dès la première.

La liste de vœux. C'est la variable que le CESP a mesurée : 11 vœux ambitieux contre 18, à mention égale. Un bon élève d'un lycée sans réputation a moins de raisons de se retenir qu'il ne le croit, et ses vœux sont, selon le comité, plus souvent acceptés. Le mécanisme est décrit dans Auto-censure scolaire : quand les bons élèves visent trop bas.

Les critères de chaque formation. Avant de formuler un vœu, lire la rubrique « Comprendre les critères d'analyse des candidatures » et le rapport de la session précédente. Une formation qui pondère par lycée le laisse rarement voir, mais celle qui annonce regarder « la progression » ou « les appréciations » dit à quoi elle est sensible. Un taux d'admission se lit de la même manière, avec son contexte : Comment lire les taux d'admission Parcoursup.

Le lycée compte. Il compte moins que ce que votre enfant écrira dans sa liste de vœux.